Pourquoi des entreprises suisses testent la semaine de 4 jours

Des PME romandes et alémaniques réduisent le temps de travail sans toucher au salaire

Plusieurs PME suisses, en Suisse romande comme en Suisse alémanique, testent une semaine de travail de quatre jours sans réduction de salaire. Le mouvement n'est plus un cas isolé venu de l'étranger. Depuis fin 2024, une trentaine d'entreprises helvétiques participent à un pilote coordonné par le cabinet zurichois Hailperin avec la Haute école spécialisée bernoise (bfh.ch).

Reste à savoir si le gain de productivité mesuré pendant l'essai tient sur la durée, ou traduit surtout l'enthousiasme des débuts.

Ce qui se teste concrètement dans les entreprises suisses

Le format testé le plus fréquemment en Suisse reste le même d'une entreprise à l'autre. Quatre jours de travail, un salaire inchangé, et un volume horaire hebdomadaire réduit plutôt qu'un simple compactage des cinq journées habituelles sur quatre. C'est la différence avec certains modèles anglo-saxons, où le total d'heures reste identique mais se concentre sur moins de jours.

Les premiers essais isolés remontent à quelques années en Suisse, mais le mouvement s'est structuré depuis fin 2024 avec le lancement du pilote scientifique associant la Haute école spécialisée bernoise (BFH) et l'ONG 4 Day Week Global.

Deux exemples illustrent le format. Seerow, entreprise informatique soleuroise, applique une semaine de 35 heures à salaire constant, contre 42 heures auparavant (itreseller.ch). À Lausanne, l'agence de création 23bis fonctionne sur ce modèle depuis deux ans, vendredi libéré et volume horaire ramené à 32 heures, selon 4dayweek.com.

Le mécanisme retenu est simple sur le papier. Un jour fixe disparaît du calendrier, souvent le vendredi, et les équipes réorganisent leurs priorités pour tenir les mêmes objectifs. L'idée n'est pas de travailler plus intensément par principe, mais de vérifier si la même productivité s'obtient en un temps plus court. C'est précisément ce que le pilote bernois cherche à mesurer, aux côtés de la santé et de la motivation des salariés.

Ce que les premiers résultats disent de la productivité

Le plus grand essai mené à ce jour a eu lieu au Royaume-Uni en 2022, auprès d'une soixantaine d'entreprises privées pendant six mois. Selon les résultats relayés par Scientific American, la quasi-totalité des entreprises participantes ont choisi de conserver le format une fois la phase pilote terminée.

C'est un ordre de grandeur qui vaut pour ce contexte précis, pas une garantie transposable telle quelle à la Suisse. Le tissu économique, le droit du travail et le coût salarial y diffèrent sensiblement.

En Suisse, les organisateurs du pilote bernois évoquaient, avant la clôture de l'étude, un maintien voire une légère hausse de la productivité perçue par les équipes participantes, sans avancer de chiffre définitif à ce stade (hailperin.ch). La réserve est de taille. L'essai porte sur six mois, un échantillon d'une trentaine d'entreprises, et repose largement sur des indicateurs déclarés par les salariés eux-mêmes plutôt que sur une mesure de production externe.

Essai Portée Durée Résultat rapporté
Essai britannique (2022) Environ 60 entreprises privées 6 mois Quasi-totalité des entreprises ont conservé le format après l'essai (Scientific American)
Pilote suisse BFH / 4 Day Week Global (2024-2025) Une trentaine d'entreprises, Suisse romande et alémanique 6 mois Résultats détaillés publiés après la clôture de l'étude (bfh.ch)

L'effet nouveauté, la réserve qui pèse sur ces résultats

La question centrale reste celle de la durée. Un gain de productivité mesuré sur six mois peut simplement refléter la motivation d'une équipe qui découvre un nouvel avantage, plutôt qu'un changement structurel dans l'organisation du travail.

Selon Benjamin Laker et Chidiebere Ogbonnaya (sloanreview.mit.edu), plusieurs expérimentations de semaine de quatre jours échouent une fois la phase pilote terminée. La surcharge de travail qui se reporte sur les journées restantes et la résistance de certains cadres intermédiaires expliquent une bonne part de ces échecs. Certains pilotes bien reçus au démarrage se sont ainsi soldés par un retour au format initial, faute d'avoir revu en profondeur l'organisation des tâches.

En Suisse, un facteur pèse particulièrement dans la lecture de ces résultats. Le marché du travail y reste tendu dans plusieurs secteurs qualifiés, ce qui pousse certaines entreprises à utiliser la semaine de quatre jours comme argument de recrutement autant que comme levier de productivité. Le coût salarial suisse, l'un des plus élevés d'Europe, rend aussi l'exercice plus délicat à généraliser à des postes moins qualifiés ou moins autonomes.

A worker in protective gear grinding metal, creating sparks in a factory setting.

Ce que ça change pour une entreprise qui envisage l'essai

L'essai a davantage de chances de fonctionner dans certaines configurations que dans d'autres. Les entreprises de services, avec des tâches non linéaires au cours de la semaine, s'y prêtent mieux qu'une production cadencée ou un commerce ouvert cinq jours sur sept.

Quelques conditions reviennent dans les retours d'expérience suisses et étrangers.

  • Une équipe de taille réduite, où la réorganisation des priorités reste pilotable sans lourdeur administrative.
  • Des tâches mesurables autrement que par le temps passé, sinon la comparaison avant/après perd son sens.
  • Un accord clair sur ce qui reste hors périmètre, service client, astreintes ou délais contractuels, faute de quoi le jour libéré se reporte ailleurs.
  • Une période d'essai suffisamment longue, au-delà de six mois si possible, pour distinguer l'engouement initial d'un changement réellement tenable.

Aucune de ces conditions ne garantit le résultat à elle seule, et un secteur à forte présence client reste structurellement plus contraint qu'un bureau d'études. Reste à savoir si les entreprises suisses qui généralisent aujourd'hui l'essai le feront encore dans trois ans, une fois l'effet de la nouveauté retombé.